PRISTINA (AFP) - La force de l'Otan est intervenue mardi au Kosovo pour la première fois depuis son indépendance afin de calmer des Serbes en colère alors que le diplomate en chef de l'Union européenne, Javier Solana, était attendu à Pristina.
La force de l'Otan qui assure la sécurité au Kosovo depuis 1999 (Kfor) s'est déployée après des incidents à deux points de passage entre la Serbie et la partie nord du Kosovo où vivent quelque 40.000 Serbes, sur un total de 120.000 restés au Kosovo après la guerre.
Selon la police kosovare, des "groupes de Serbes en colère" ont "mis le feu" aux bâtiments.
"Depuis la proclamation d'indépendance (du Kosovo), c'est la première fois que l'on demande à la Kfor d'intervenir", a dit à l'AFP le porte-parole de la Kfor pour le Nord, le commandant Etienne de Fayet de la Tour.
Cet incident a eu lieu alors que le diplomate en chef de l'UE Javier Solana, premier haut responsable étranger à se rendre au Kosovo depuis la proclamation d'indépendance, était attendu à Pristina en début d'après-midi.
Le Parlement kosovar devait de son côté adopter ses 10 premières lois d'Etat indépendant, la première portant sur la création d'un ministère des Affaires étrangères.
Alors que les premières reconnaissances formelles sont tombées lundi - Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Australie - l'indépendance du Kosovo continue de diviser. Une vingtaine de pays de l'UE sont prêts à la reconnaître mais cinq n'y sont pas disposés. Belgrade et Moscou, allié indéfectible de la Serbie, y restent catégoriquement opposés.
Principal soutien de l'accession du Kosovo à l'indépendance, les Etats-Unis ont estimé que le nouveau statut de la province serbe à majorité albanaise apporterait "la paix" dans les Balkans.
"L'Histoire montrera que c'était une mesure correcte pour apporter la paix dans les Balkans", a affirmé mardi le président américain George W. Bush à Dar es Salaam.
Soutenant une position radicalement opposée, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a estimé lundi soir à Moscou que la proclamation d'indépendance créait un "danger" pour la stabilité internationale.
Au Conseil de sécurité de l'ONU, le président serbe Boris Tadic a mis en garde contre un précédent dangereux qui selon lui causera "des dommages irréparables à l'ordre international".
Plusieurs pays européens, le Canada ou la Chine, craignent que l'indépendance du Kosovo n'encourage les séparatismes .
Cependant la Serbie et la Russie ont échoué à faire annuler à l'ONU la proclamation d'indépendance. "Malheureusement, le Conseil de sécurité n'a pu parvenir à une conclusion", a déclaré le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, à l'issue d'un débat public.
Le président serbe et l'ambassadeur de Russie, Vitaly Tchourkine, avaient demandé au secrétaire général, Ban Ki-moon, d'ordonner à la mission de l'ONU qui administre le Kosovo depuis 1999 (Minuk) de déclarer "nulle et non avenue" la proclamation unilatérale d'indépendance.
Mais M. Ban a maintenu une position neutre et appelé les parties "à s'abstenir de tout acte ou déclaration qui puisse mettre en danger la paix (...) ou menacer la sécurité au Kosovo et dans la région".
A Belgrade, lors d'un vote à l'unanimité, le Parlement serbe avait auparavant déclaré "nulle et non avenue" la proclamation d'indépendance du Kosovo, déclarant qu'elle violait l'intégrité et la souveraineté de la Serbie.
Belgrade a également rappelé lundi ses ambassadeurs accrédités dans les pays qui ont reconnu l'indépendance, dont les Etats-Unis.
Auparavant, à Bruxelles, après une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie avaient annoncé, de manière coordonnée, leur intention de reconnaître l'indépendance. D'autres pays de l'UE ont fait de même, soit un total d'une vingtaine.
Mais au moins cinq Etats membres de l'UE ne sont pas disposés à reconnaître le Kosovo, au moins dans l'immédiat: l'Espagne, Chypre, la Grèce, la Slovaquie et la Roumanie. La Bulgarie, qui comptait auparavant parmi les opposants, envisage à présent une reconnaissance dans quelques semaines.

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